Pourquoi nous souhaitons que Weyrich continue

CARTE BLANCHE

Nous sommes une quarantaine d’auteurs et d’autrices qui avons, à un moment ou à un autre, confié un manuscrit, un projet ou un livre aux éditions Weyrich. Nous avons en commun une expérience avec cette maison, mais aussi une conviction : une maison d’édition ne se résume pas aux livres qu’elle met en rayon ni, lorsqu’elle traverse une crise, aux chiffres de son bilan.

Weyrich est aujourd’hui en procédure de réorganisation judiciaire et s’apprête à soumettre un plan à ses créanciers. Nous savons que cette situation est sérieuse et qu’elle appelle des décisions difficiles. Nous savons aussi que les difficultés d’une entreprise ne peuvent être effacées par la seule sympathie de ceux qui l’entourent. Si nous prenons la parole aujourd’hui, ce n’est donc pas pour nier ces difficultés, mais pour témoigner de ce que nous risquerions de perdre si cette maison disparaissait.

Pour beaucoup d’entre nous, Weyrich n’a pas seulement été l’endroit où un texte est devenu un livre. C’est une maison qui nous a accompagné·es, qui a pris le temps de lire, de discuter, de corriger, parfois de convaincre et de nous convaincre. Certains y ont publié leur premier ouvrage, d’autres y ont poursuivi un parcours commencé ailleurs. Nous y avons rencontré des éditeurs attentifs aux textes, mais aussi soucieux de leur rencontre avec les lecteurs.

Cette histoire n’est pas née dans un contexte facile. Mais malgré ces épreuves, Weyrich a continué à publier.

C’est peut-être ce qui caractérise le mieux cette maison : sa volonté de faire exister des livres qui ne trouvent pas nécessairement leur place dans les catalogues des grands groupes. Des romans, des récits, des essais, des ouvrages historiques ou consacrés au patrimoine ; des auteurs et des autrices connus, et de nouvelles voix ; des livres qui parlent de la Wallonie, de la Belgique et de ceux qui les habitent, sans pour autant s’y enfermer.

La collection Plumes du coq, dont les cent titres ont récemment fait l’objet d’un catalogue raisonné, en est une illustration particulièrement forte. Son histoire raconte comment des écrivain·es et une maison d’édition ont construit ensemble une collection littéraire, avec une exigence de style et de lisibilité, mais aussi avec le désir de faire entendre une littérature d’ici. Au fil des années, cette collection a changé, s’est ouverte à de nouvelles voix, à de nouveaux territoires et à de nouvelles sensibilités. Elle constitue aujourd’hui une photographie singulière de la Belgique francophone et de son époque.


Ce qui s’est construit là ne relève pas seulement du catalogue d’une entreprise. C’est aussi une part de notre travail d’écrivains et d’écrivaines, de notre histoire personnelle et littéraire. Publier suppose de faire confiance : à un texte, à un éditeur, à une équipe, à la possibilité qu’un livre trouve ses lecteurs. Cette confiance est réciproque.

Nous souhaitons donc que le plan qui sera présenté aux créanciers permette à Weyrich de poursuivre son activité sur des bases renouvelées et soutenables. Nous ne demandons pas que les difficultés soient ignorées, ni que rien ne change. Nous demandons simplement que puisse être préservée la possibilité de continuer à éditer, à accompagner des auteurs et à faire vivre un catalogue qui s’est constitué au fil des années.

Un livre, lorsqu’il paraît, n’a d’ailleurs parcouru que la moitié du chemin. Il faut encore qu’il trouve ses lecteurs, qu’une librairie le défende, qu’un bibliothécaire le fasse entrer dans ses rayons, qu’un journaliste en parle, qu’un auteur, qu’une autrice parte à sa rencontre. Nous savons, pour l’avoir vécu, que cette chaîne repose sur une multitude de relations humaines et professionnelles.

C’est cette chaîne que nous souhaitons voir continuer.

Nous signons cette carte blanche parce que nous sommes une partie de l’histoire de Weyrich, mais surtout parce que nous souhaitons pouvoir continuer à écrire avec elle les pages à venir.

Line ALEXANDRE, Joseph ANNET, Marc AUDRIT, Philippe BRADFER, Gabrielle BORILE, Jules BOULARD, Dominique COSTERMANS, Alain DANTINNE, David DEMAUDE, Guy DELHASSE, André-Joseph DUBOIS, Agnès DUMONT, Patrick DUPUIS, Jean-Luc DUVIVIER de FORTEMPS, Jean-François FÜEG, Bernard GHEUR, Marcel-Sylvain GODFROID, Benoît GOFFIN, Nicolas HANOT, Xavier HANOTTE, Marie-Pierre JADIN, Christian JOOSTEN, Eva KAVIAN, Michel LAMBERT, Christian LIBENS, Nicolas MARCHAL, Jean-François MORTEHAN, Jacques NICOLAS, Nathalie NOTTET, François PERILLEUX, Guy PIERRARD, Denis RIGUELLE, Thierry ROBBERECHT, Frédéric SAENEN, Benjamin STASSEN, Olivier TERLINDEN, Luc TEMPLIER, Pascale TOUSSAINT, Philippe SOREIL.

Partager :