Sourde mélancolie et lueur d’espoir : la nouvelle par Michel Lambert, avec talent 

Ça ne se fait pas, me direz-vous mais j’ai commencé la lecture de « Sosies de l’amour » par la fin. Oui, bien que connaissant un peu l’auteur, j’étais curieuse de découvrir sa vision de la nouvelle à travers son interview. Les techniques de l’écrivain, son compagnonnage avec des auteurs anciens ou contemporain nous en apprend un peu plus sur la genèse de son écriture.

Des nouvelles, il y en a douze, comme dans une boite d’oeufs. Chacune est à lire avec attention, en pénétrant dans sa lumière comme on mire un oeuf. Et justement, la lumière, elle se niche dans les ciels changeants que Michel Lambert décrit avec sa plume qui devient pinceau. Rien que pour le plaisir, en voici quelques extraits. Vous serez d’accord avec moi, ce sont des peintures.
« …le ciel poudroie encore au-dessus de la ville. Un peu d’or sombre s’attarde sur les immeubles de verre qui bordent l’avenue. » (Blondin et Cirage)
« …sous un ciel gris infiltré d’un soleil pâle, lumineux par endroit, contrastant avec des crevasses noires et des replis entre rouge et orange. » (Sous la neige)
« …maintenant le ciel était à nouveau d’un bleu uniforme, bien que pâle, et les rares nuages qui subsistaient faisaient penser à des emballages perdus. » (Longue nuit)

Et puis, sous ces ciels, évoluent des personnages, anonymes ordinaires, rencontres fugaces, pour un fragment de vie. C’est mélancolique, parfois pathétique, jamais cruel et toujours empli de tendresse. On ne sait pas grand-chose d’eux, mais assez cependant pour avoir l’impression de les avoir croisés en vrai et les trouver attachant.
Certains s’inventent une vie comme dans « Blondin et Cirage », tandis que d’autres, qui ne se connaissaient pas l’instant d’avant, vont ensemble au cimetière. On rencontre aussi Paul qui a décidé de retrouver une ancienne amante.
Dans « L’hiver en hiver », une femme qui s’ennuie est prête à tout pour vivre l’aventure.
Dans ces histoires, beaucoup d’échec et de regrets. de la nostalgie aussi. Tout part d’un détail, une phrase, une rencontre fortuite, un « papa » entendu dans la foule et le lecteur entre dans une vie par la petite porte et imagine le reste.
Les nouvelles de Michel Lambert se distinguent par cette sourde mélancolie et ces petits désastres de nos vies et de tous ces rêves à la dérive. Cela pourrait paraitre d’une tristesse absolue. Ça ne l’est pas. A travers ces misères du quotidien il y a une petite lueur d’espoir, comme ces éclaircies qui nous surprennent dans un ciel gris et bas.
Michel Lambert nous montre une fois de plus qu’il est loin d’avoir épuisé le genre de la nouvelle qu’il explore avec talent.

Un article signée Zephirine, pour babelio.com

« Sosies de l’amour » de Michel Lambert est disponible en librairie et sur notre e-shop :

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