Les arbres qui cachent la forêt

Benjamin Nollevaux signe un carnet de bord, ode à la forêt et à ses 3 fonctions principales. Le Bouillonnais de 36 ans a des idées bien établies.

« Je suis peut-être agent du DNF, mais le livre que je viens de publier n’a rien à voir avec ma profession. Ce sont des réflexions personnelles sur le milieu forestier que je côtoie depuis mon enfance. Je l’ai rédigé comme un carnet de route au gré de mes pensées. Et ces réflexions n’engagent strictement que moi », prévient Benjamin Nollevaux. Il a étudié la sylviculture à Carlsbourg, est diplômé ingénieur du son et a travaillé 10 ans dans le monde médiatique et dans les salles noires avant de réussir les examens d’agent du DNF, un métier qu’il exerce depuis 6 ans. Il travaille sur le triage de la Semois.

Son livre de 228 pages, intitulé Les arbres qui cachent la forêt, laisser s’exprimer la forêt de demain, n’est pas un recueil de jolies images ou un ouvrage qui enfonce des portes ouvertes. En effet, l’auteur de 36 ans y va franco et donne son avis personnel sur les méthodes de chasse, la gestion de la forêt et du gibier, les états de martelage, l’accès aux forêts, le retour du loup, comment faire face au réchauffement climatique, etc. Rencontre.

Benjamin Nollevaux, qu’est-ce qui vous à pousser à écrire ?
L’envie d’éveiller les consciences. Il y a une partie pédagogique et une autre de réflexion : comment cultiver la forêt de manière plus naturelle.

Cela signifie quoi ?
La monoculture de l’épicéa, le fait de planter les arbres à distances égales, etc. a entraîné d’énormes pertes à cause de scolytes qui s’attaquent aux arbres affaiblis et en stress hydrique. L’épicéa vit aujourd’hui dans un climat qui n’est plus le sien. On serait tenté de croire, même si rien ne le prouve aujourd’hui, que c’est une forme de régulation naturelle de cette forêt que l’attaque de ces scolytes.

Faut-il se tourner vers d’autres essences pour faire face au réchauffement climatique ?
Il ne faut pas condamner les essences qu’on a toujours plantées. Ce qu’il faut changer, c’est la manière de planter. Il faut de la mixité, mélanger les peuplements en âges et en essences. La forêt doit se régénérer d’elle-même. Si on la laisse faire, la nature, les arbres et la végétation, les fourrées vont se densifier et, quelque part, coopérer pour se protéger. Que ce soit contre les maladies, les ravageurs et même le gibier, car il y a une telle profusion de nourriture que les gibiers n’en viennent pas à bout. Une forêt naturelle aux essences diverses permet aussi de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. D’un point de vue économique, c’est rentable.

Une forêt naturelle est tout aussi rentables (exergue)

Comment cela, rentable ?
Cultiver la forêt autrement ne signifie pas la rendre moins productive. On n’aura pas moins de volumes produits sur le marché. Les bénéfices ne diminuent pas, mais l’écologie augmente. C’est positif. Et puis, une forêt naturelle, quand on peut l’organiser, nécessite moins d’investissements ; c’est donc même plus rentable.

Vous parliez d’autorégulation naturelle. Pour vous, la peste porcine en est une aussi ?
En quelque sorte. Dans mes réflexions, qui n’engagent que moi, je pars du constat qu’on a fait proliférer les sangliers via le nourrissage. Si vous nourrissez une population, elle croîtra. Il faut agir en amont. Cette pratique a généré trop d’individus. Encore une fois, mais ce n’est pas prouvé, la peste porcine est peut-être venue réguler le surnombre de sangliers.

Vous évoquez le loup et le lynx dans votre livre. C’est aussi un moyen de réguler le gibier trop nombreux ?
Sans doute. Le loup en Ardenne ne fait que passer et s’attaque aux moutons, car c’est un opportuniste. L’homme a éliminé ces prédateurs. C’est donc une bonne chose que le loup et le lynx reviennent en forêt, pour l’équilibre naturel. Ils bouchent un trou qu’on avait créé dans la biodiversité. Quand j’entends les chasseurs qui craignent leur concurrence, je réponds que ces prédateurs prélèvent moins d’1 % de la population du grand gibier.

Vous parlez de la chasse avec des battues silencieuses ; c’est quoi ?
Je prône une variante des battues traditionnelles. Pour moi, les battues à cor et à cri sont d’un autre âge. Je préfère une poussée silencieuse plus éthique : il y a quelques miradors disséminés dans la forêt. Les chasseurs ne peuvent tirer que dans un rayon d’autant de mètres. Les chasseurs avancent aussi sans faire de bruit. Le gibier se présente près d’eux sans courir. Cela donne de très bons résultats là où c’est à l’essai, car le chasseur a tout le temps de choisir l’animal qu’il va prélever. Il tirera aussi sans risquer de blesser l’animal.

Une Interview de Philippe Carrozza parue dans L’Avenir du Luxembourg,
le vendredi 8 décembre 2023.

« Les arbres qui cachent la forêt » de Benjamin Nollevaux est disponible en librairie et sur notre e-shop :

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