Cent plumes !
Les Plumes du Coq ont maintenant cent titres ! Et comptent une bonne soixantaine d’auteur(e)s : des romancières et des romanciers, des nouvellistes, des écrivains confirmés, primés, parfois même académiciens, des débutants aussi… L’éditeur Weyrich sort pour l’occasion un catalogue de belle tenue. Le journaliste Clément Glesner y raconte l’histoire de cette collection littéraire bien inspirée.
Extrait :
Weyrich est éditeur depuis maintenant près de dix ans. Mais il reste au fond de lui ces balafres du passé. Cet imposteur qu’il pense être. Certes, il pousse des livres au grand jour. Il offre cette troisième dimension aux manuscrits écrits à plat. Pourtant, jamais il ne parvient à se défaire de cette idée de n’être qu’un petit vendeur de papier. Pour définitivement assumer ce qu’il est devenu, seule la reconnaissance définitive du monde extérieur finira par l’apaiser.
Il en appelle à un vieil ami, Alain Bertrand. Un professeur de français officiant à l’école technique de Bastogne. Un amoureux des lettres. Un érudit devenu référence de l’œuvre de Georges Simenon. Un écrivain, un styliste, signant déjà plus de dix titres. Avant de se lier pour ce qu’ils sont, les deux se sont croisés à presque tous les cocktails ouverts aux amateurs de belles plumes. Alors à force de s’apercevoir, ils ont fini par s’apprivoiser. “Alain, c’était cet homme rassurant”, pose Weyrich. En manque de légitimité, c’est ce dont il a besoin. Un homme rassurant. Un homme posé. Un écrivain reconnu. “J’avais besoin d’une personne bien établie, qui comprenait que j’étais davantage qu’un imprimeur. Et puis c’était surtout un grand connaisseur de la littérature”, reconnaît le Chestrolais.
Comme ils en ont pris l’habitude depuis quelque temps déjà, ils se retrouvent autour d’une bonne table. Entre eux, peut-être un Orval, certainement une de ces conversations autour de l’amour de leur terre, l’Ardenne. “Je veux lancer une collection littéraire, Alain. Je souhaiterais que tu en deviennes le directeur”, balance platement Weyrich. Alain Bertrand marque un silence. Il réfléchit. Le projet l’intéresse, c’est vrai. Mais la charge que représente un tel défi le fige. Weyrich encaisse un refus. Jamais Bertrand ne s’imagine supporter seul une responsabilité telle que celle-là. “Réfléchis-y quand même”, tente Weyrich. Alain Bertrand prendra le temps. Celui de laisser passer un automne et un printemps.
Il revient à table, une contre-proposition sous le bras. Il marche avec Weyrich, seulement s’il peut emmener un autre ami dans l’aventure. Ecrivain, Christian Libens travaille à la Promotion des Lettres : “J’étais un témoin de Jéhovah de la littérature belge avec ma mallette remplie de livres. J’allais dans les écoles présenter les auteurs.”. Ils se connaissent depuis la sortie en 1998 de La Forêt d’Apollinaire. Un roman de Libens sur lequel Alain a travaillé pour en peaufiner l’édition. Alain sait de quoi son ami est capable. Il connaît sa passion pour les textes bien faits. “Mais lorsqu’il m’a proposé de monter avec lui dans l’aventure, j’ai freiné parce que je travaillais à d’autres projets”, confie Libens. Le Liégeois est du genre à d’abord renifler l’environnement. À rencontrer l’ensemble des protagonistes. À s’assurer de la robustesse du projet. Puis, une brèche s’ouvre. Luc Pire, empêtré dans des difficultés financières, lâche sa collection Espace Nord. Durant plusieurs mois, avant sa reprise par la Communauté française, plus rien ne sort. Un espace vient de se libérer dans le champ littéraire belge francophone.
Libens a mûri son jugement. Cette collection, ils vont la faire. “On était deux dingues de littérature avec Alain. En nous, il y avait ce rêve d’un jour présenter un tel projet, se souvient le Liégeois. Mais on sait ce que ça donne, des passionnés qui veulent jouer aux éditeurs. Ça ne fonctionne pas”. Parce qu’un manuscrit imprimé n’a encore qu’une existence précaire. Il faut encore le vendre. Le pousser en librairie. Le mettre entre les mains des lecteurs. “Et pour cela, Olivier était l’homme parfait. Il a ce punch, ce culot que nous n’avions pas, appuie Libens. Il manquait à nos idées l’entrepreneur qu’il est.” La suite de l’histoire est à lire dans ce « catalogue raisonné » mise en œuvre par Christian Libens, doublement préfacé par Armel Job et Michel Lambert.
Cent Plumes, catalogue raisonné, Chr. Libens, Weyrich, coll. « Noir Corbeau »

