Weyrich lance son Noir Corbeau – Le Soir

L’éditeur de Neufchâteau se dote d’une collection de polars ancrés en Belgique. Trois romans sont déjà sortis. – Jean-Claude Vantroyen

Weyrich, c’est l’éditeur de Neufchâteau qui s’est doté de bureaux à Bruxelles depuis un an et qui s’est forgé une solide réputation avec ses publications de beaux livres ancrés dans la Wallonie et tournés vers l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Cela fait presque 20 ans maintenant qu’Olivier Weyrich a étendu son orbe à des collections de romans, de nature, de vie pratique, de patrimoine, de BD avec l’œuvre de Jean-Claude Servais, de littérature avec la collection Plumes du Coq. Et voilà que, cette année, il ajoute une nouvelle collection à sa panoplie : Noir Corbeau.

C’est du polar, bien sûr. Du polar belge. « Après dix ans de Plumes du Coq, dirigées par Christian Libens, on a voulu tenter cette aventure », explique Olivier Weyrich. « On est souvent sollicités par le public. Alors on a confié cette nouvelle collection à Christian Libens. Une collection que l’on voulait ancrée en Belgique, qui nous mène dans nos commissariats, dans les brumes de nos rivières et canaux, dans nos bars et tavernes. »

A l’achat d’un roman de la collection, Weyrich offre une étude d’un Christian Libens : Une petite histoire du roman policier belge. Un bouquin sérieux qui montre qu’il n’a pas fallu attendre Simenon et Steeman pour que le polar belge se manifeste.

« Sérieux, s’abstenir »

Jusqu’à présent, trois romans sont sortis dans un look particulier : lettres noires sur fond jaune et la tête d’un corbeau pour bien marquer l’appartenance des livres. Un look qui fait penser aux mythiques collections policières d’antan. Rien ne dit qu’à l’avenir, d’autres auteurs ne viendront pas s’ajouter au trio actuel, mais, pour l’instant, trois écrivains alimentent le Corbeau : Francis Groff, Zizka Larouge et Christian Libens lui-même. Chacun raconte les aventures d’un héros récurrent, qui évoluera d’un ouvrage à l’autre. On s’attend à ce que chacun accouche de deux polars par an.

Pour Francis Groff, le héros n’est pas un policier mais un bouquiniste belge, Stanislas Barberian, qui tient une échoppe à Paris et qui est mêlé (ou se mêle) d’affaires judiciaires chez nous. Pour Zizka Larouge, c’est Gidéon Montfort, un flic oui, mais en chaise roulante. Pour Christian Libens, il s’agit de trois amis qui se réunissent dans la librairie « Au pendu de Georges ». Leurs histoires sont bien installées dans notre terroir : du côté de Charleroi, à Bruxelles et à Liège.

Christian Libens a ajouté un « O » entre son prénom et son patronyme pour signer son « giallo ». « C’est un clin d’œil aux pulps, dans lesquels les auteurs francophones signaient de noms anglicisés. Le papier de la collection est de meilleure qualité que celui de ces pulps ou des gialli, mais ça m’amusait beaucoup. »

Il s’est d’ailleurs surtout amusé à écrire cette chose qu’est Les seins des saintes. « C’est du mauvais goût de la première à la dernière page », avoue-til. « C’est un roman trash et parodique. Il est question de sainte Agathe, la martyre à qui on arracha les seins à l’aide de tenailles. A Liège, un dévoreur tue et mange. Je me suis permis d’y glisser de vrais personnages. Sérieux s’abstenir. J’assume tout, je suis coupable. » Nous aussi : on a dévoré ce livre, comme les deux autres.

La douce saveur des seins

Un tueur en série sévit à Liège. Il assassine des femmes et dévore leurs seins. Un trio d’amis, un bouquiniste, un glandeur poète et un flic, se réunissent dans l’échoppe du libraire et refont le monde dans un spleen coupé de coups de gueule et de coups de rouge. Et, en même temps, ils décortiquent l’enquête. C’est du Topor, du Professeur Choron et du Reiser mixés. Du mauvais goût, bien sûr. Mais on sourit et on apprécie.

L’archet dans la gorge

Une violoniste est assassinée sur la scène du studio 4 de Flagey, à Ixelles. Un tronçon d’archet dans la gorge. La juge d’instruction Victoire Overwinning et l’inspecteur Gidéon Monfort, cloué dans un fauteuil roulant, enquêtent. C’est le milieu de la musique classique, d’un quatuor à cordes dont feu Wanda faisait partie et de la psychiatrie. L’enquête est sérieuse, Gidéon et Victoire pas toujours, c’est ce qui donne à ce roman son côté fantasque bien venu.

Une noyade fort peu accidentelle

Stanislas Barberian est un type sympa. Belge mais bouquiniste à Paris. Il revient souvent en Belgique, d’abord par amour pour la Bruxelloise Martine, ensuite pour ses affaires de livres rares et précieux. L’homme est futé. Le hasard le mêle à la mort par noyade d’un juge d’instruction. Il met le doigt sur un élément troublant et le voilà mêlé à une enquête longue, difficile et malaisée puisqu’il s’agit d’un magistrat et qu’il ne semble pas tout à fait honnête…

Jean-Claude Vantroyen

Retrouvez cet article sur le site du journal Le Soir.

Nos trois romans sont disponibles en librairie et sur notre e-shop.

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