L’amoureux du Congo – Soir mag

Spécialiste du développement rural, Alain Huart va cerner « les grands enjeux du Congo » lors du dîner-conférence de « Soir mag ». Hier, aujourd’hui, demain…

Il est à la fois un fidèle, un défenseur et un acteur de terrain. Alain Huart connaît le Congo comme sa poche. « Enfin, comme ma poche, c’est relatif, amorce ce Carolo ayant longtemps vécu à Waterloo et à Nivelles, avant de partir en Afrique. Le Congo est immense. Si on le superpose à une carte d’Europe occidentale, il couvre presque toute la surface. Il compte de nombreux territoires. Certains sont accessibles par route, d’autres nécessitent obligatoirement l’avion. Mais je crois pouvoir dire que je me suis rendu un peu partout au gré de mes missions, et bien sûr dans toutes les grandes villes. »
Ses connaissances de la réalité congolaise le désignent parfaitement comme un intervenant de premier ordre au dîner conférence de « Soir mag » à l’Îlot Sacré (Bruxelles), le 9 octobre prochain. Il en a d’ailleurs l’habitude. Alain Huart a signé de nombreux livres sur le sujet. Il sort d’ailleurs une nouvelle série, « Les Merveilles du Congo 2 » chez Weyrich, sans oublier ses romans et ses guides persos sur Matadi Boma, ainsi qu’un mook intitulé « Beauté Congo ».
Sa femme Chantal Tombu tient à Kinshasa, où vit le couple, un centre culturel privé des plus actifs. Ils sont passionnés de photo. Le Congo est un sujet en or. Alain Huart croise aussi de temps en temps Colette Braeckman (sans doute la meilleure spécialiste d’Afrique centrale de longue date dans la presse francophone) pour discuter de l’avenir. Et donc des défis de ce pays convulsif désormais gouverné par Félix Tshisekedi, président de la RDC depuis cette année à l’issue d’élections compliquées, sous l’ombre tutélaire de Joseph Kabila.
Alain Huart tient cependant à éviter la politique. Il vient à Bruxelles pour raconter le Congo de l’intérieur, ce pays qu’il parcourt en tous sens, depuis son installation en 1982. Son diplôme de vétérinaire en poche, il y est arrivé encouragé par l’Université de Liège. Il est tombé amoureux du pays. Il sait que ce dernier reste cher au cœur de nombreux Belges, malgré les critiques, une nostalgie parfois à vif, des lectures différentes, ou le chaos que certains se plaisent parfois à décrire s’agissant de la vie sur place. « Moi, je vis à Kin, reprend Alain Huart. J’y vis bien. J’ai une petite maison agréable dans un quartier sûr. Certes, quand on se déplace, mieux vaut appeler un taxi qu’on connaît et calculer de longs temps de trajet. J’y suis heureux. Je vois ce pays grandir et s’améliorer malgré d’énormes difficultés. »
Né à Charleroi en 1958, Alain Huart est coordonnateur du programme Agriculture Forêt au WWF RDC. Il est maître de conférences à l’Université de Liège. Il a travaillé pour la coopération belge. Il collabore avec l’École nationale d’administration (ENA) à Kinshasa. Sa femme, née au Katanga, a travaillé pendant huit ans à Lubumbashi pour le Musée royal d’Afrique centrale. L’un comme l’autre sont attachés au Congo, sans angélisme (on le perçoit dans le discours très pondéré d’Alain Huart) ni sévérité excessive. D’où l’intérêt de l’écouter pour pouvoir ensuite dialoguer avec lui, entre orateur et lecteurs, comme le fut le cas lors de nos deux précédents dîners-conférences sur la franc-maçonnerie – avec Philippe Liénard – et sur la généalogie – avec Marie Cappart. Ces deux soirées furent chaque fois riches d’enseignements et de questions dans la salle.

AU CŒUR DU DÉBAT : LES ENJEUX CLIMATIQUES

Plutôt que de soupeser les mérites ou les erreurs de la colonisation belge, Alain Huart entend baliser les grands chantiers actuels du Congo. Soumis à une forte pression démographique, le pays paye aussi un lourd tribut à sa situation centrale sur le continent africain avec, en son sein, l’immense forêt équatoriale aujourd’hui en danger (lire notre article paru dans « Soir mag » no 4551 du 11/09/2019). Cette forêt fait office de poumon vert. Les enjeux climatiques sont fondamentaux. La forêt est menacée par l’abattage sauvage, la culture sur brûlis, seul moyen de subsistance des petits paysans, par les incendies presque aussi nombreux qu’en Amazonie, aussi désastreux mais moins relayés sur la planète médiatique parce que moins filmés.
Alain Huart veut aborder l’environnement avec un chiffre en tête : le Congo abrite 60 % du second massif forestier en importance après l’Amazonie. Plus une faune exceptionnelle en péril, une biodiversité irremplaçable, des richesses infinies qui ne sont pas que minières. Alain Huart travaille à les valoriser, à les défendre. « Les Belges sont encore bien présents dans de grandes compagnies, mais qui ne sont pas belges. On tient à leur expertise, à leur connaissance du terrain. Ils sont appréciés. Ils n’ont pas – ou plus – les mêmes prétentions que des grandes puissances œuvrant sur place, dans la région, comme la Chine, les ÉtatsUnis ou même la France. Mais c’est sûr que les temps ont changé. »
Alain Huart sillonne le pays depuis plus de 30 ans, de Kisangani à Lubumbashi et de Matadi à Goma, à l’est, dans le Kivu. Il mesure les défis : la pauvreté grandissante, le rôle de la diaspora, le développement à assurer, la nécessaire modernisation, l’éducation pour tous, les liens et le soutien de l’Europe, la faune à préserver, la culture et cette incroyable force de vivre du peuple congolais. Autant dire que cette soirée s’annonce bien remplie.

Bernard Meeus

B. Meeus, « L’amoureux du Congo », Soir mag, Environnement, 18 septembre 2019, pages 32-33.

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