La filière boraine en version liégeoise

Entre 2016 et le début des années 80, Stay Behind va et vient au gré du souffle rauque d’un parrain en fin de vie. Cancer, soins palliatifs, etc.

Frederic SaenenUn parrain ? Oui, mais de ceux à la main tendue et qui protège, fonds baptismaux ou pas, pour remplacer le père, la mère, soutenir une vie, assurer un tutorat fondamental ; pas le  »padrino » menaçant, à la voix rauque, l’accent rital, dont la littérature et le cinéma policier dessinent et redessinent les contours souvent grossiers.

Quoique… Le crime organisé – plus ou moins – n’est pas très loin des confessions faites par le parrain grabataire à son filleul, Mickaël, narrateur, 30 ans, une fille adorée, une femme dont il a divorcé l’âme en peine. Car Parrain, comme il l’appelle, aurait à voir avec les tueurs du Brabant, la fameuse  »filière boraine », qui défrayèrent la chronique belge au début des années 80, braquages violents, parfois meurtriers, perpétrés par des hommes masqués : Nixon, Mitterrand, célébrités du moment. Parrain débute d’ailleurs son aveu en ces termes : « Ronal Reagan, c’était moi »…

Mickaël rend dès lors visite à Parrain dont il recueille l’histoire tenue si longtemps secrète sur la bande marron d’un magnétophone en plastique. Retour sur ces Années de plomb à la belge, la Wallonie prolétaire, la guerre froide en fond prégnant, et le passé familial, un passé d’où s’exhume aussi un secret des plus lourds à porter…

Le tout en version liégeoise, c’est à dire tendre et drôle quoique tout autant triste et déprimée, dans une langue délicieuse, sans fioriture mais brodée çà et là de quelques mots du cru dont l’auteur offre en fin d’ouvrage un lexique savoureux. Avouons-le, le plaisir de lecture fait regretter que le roman ne soit pas plus ample et n’aille pas plus loin dans la description de ce biotope social et culturel que constitue le Brabant fin de siècle. Un vrai plaisir tout de même.

Thomas Roman (Article publié sur www.parutions.com)

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