Je cache mes sentiments sous une couche d’ironie – Soir mag

Linda Vanden Bemden raconte le quotidien d’une interprète judiciaire à Bruxelles avec humour et second degré.

Anne-Omalie Valdieu est une trentenaire vivant à Bruxelles et exerçant le métier d’interprète judiciaire dans la capitale. Tous les jours, elle arpente les salles du palais de justice, les prisons, les bureaux de police, pour faire le lien entre l’administration judiciaire et les prévenus qui ne parlent pas français. Entière dans son métier comme dans sa vie privée pour revendiquer ses opinions, elle n’hésite pas à faire partie d’un groupe d’activistes… un peu particulier.

Comme votre personnage principal, vous êtes interprète judiciaire… Vous aviez envie d’écrire sur votre quotidien ?

En effet, par mon métier, je croise tous les jours la misère humaine mais c’est très intéressant au niveau anthropologique : je rencontre des gens aussi bien abjects que très tendres, et cela m’a toujours interpellée. Cela fait longtemps que je prends note d’anecdotes qui me marquent. Puis, en 2015, j’ai gagné le concours de nouvelles « au féminin ». Ils ont ensuite voulu me suivre dans la rédaction d’un roman, mais cela ne s’est pas passé comme prévu. On était en pleine période post-attentat à Paris et ils voulaient que j’écrive du sensationnel sur Molenbeek. Mais c’était une chose que je ne voulais pas faire, alors j’ai laissé de côté ce projet avec eux. Forte de mon prix, je me suis quand même lancée dans l’écriture autour d’une interprète judiciaire, inspirée par mon quotidien. J’avais déjà écrit plusieurs nouvelles auparavant mais j’avais envie de passer à autre chose.

Anne-Omalie, votre héroïne au nom original, c’est un peu vous ?

Un tout petit peu car il faut avouer que ce récit est semi-autobiographique. Mais elle est quand même très différente de moi. C’est plutôt le contexte judiciaire qui est inspiré de mon quotidien, même s’il est romancé, bien entendu. Pour le prénom, je voulais quelque chose de composé, de spécial et en réfléchissant j’ai trouvé qu’Anne-Omalie était drôle et original, en effet.

Qu’est-ce que cela fait de publier son premier roman ?

Au niveau pratique, rien, car je travaille toujours autant ! (Rires). Mais cela provoque une énorme satisfaction personnelle. C’est comme une petite naissance, dont le temps de gestation a été très long. Même si mon entourage était positif, le fait d’avoir été acceptée par un éditeur est une forme de reconnaissance et de légitimation de mon travail.

Écrire sur un ton décalé et avec de l’humour, c’était important pour vous ?

En fait je n’ai pas dû y réfléchir, cela s’est fait naturellement car c’est un ton qui me correspond bien. Je suis comme cela dans la vie : je cache beaucoup de sentiments sous une couche d’humour et d’ironie. Cela me permet de faire face au quotidien. J’ai toujours écrit comme cela car j’ai besoin de légèreté dans l’écriture comme dans la lecture. Pour moi, la lecture doit être un moment de détente.

Comment naissent vos idées d’écriture ?

C’est drôle, mais mes histoires apparaissent toujours quand je suis en voiture ou quand je tonds la pelouse ! C’est dans ces moments de solitude où mon cerveau n’est pas trop sollicité que j’arrive à bien réfléchir et que les éléments se mettent en place.

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier d’interprète judiciaire ?

L’aspect humain, le contact. Je suis persuadée que rien n’arrive par hasard dans le déroulé des vies et j’ai conscience d’être un outil d’aide à la compréhension pour des personnes qui sont perdues. À côté de mon travail de traductrice de textes judiciaires, j’avais besoin de ce boulot de terrain.

Propos recueillis par Éloïse Dewallef (Soir mag, 15/05/2019)

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