Deux témoignages inédits de la Grande Guerre

Dans Deux villages wallons dans l’enfer de la Grande Guerre, Paul-Henry Gendebien publie et commente deux récits écrits par des témoins directs des événements de la bataille des Frontières et de l’occupation. Les témoins, l’abbé Paul Pirson et sœur Anne-Marie, étaient deux personnalités proches de sa famille. Il leur rend hommage par la mise au jour de leurs témoignages inédits, et ce dans le cadre des commémorations liées au centenaire du premier conflit mondial.

C’est l’étude et l’histoire de la Grande Guerre par le prisme local que propose ce livre, composé de deux récits contextualisés par Paul-Henry Gendebien. Dans cette perspective, l’auteur souhaite rendre compte en partie de « la violence des combats d’août 1914, de l’hécatombe dans les rangs de l’armée française, des crimes de guerre allemands à l’encontre des civils dans de nombreuses localités », ainsi que susciter un intérêt autour de ces événements qui « sont en effet quelque peu oubliés aujourd’hui, alors que les événements de l’Yser ou de Verdun sont abondamment célébrés, à juste titre sans doute, mais  avec une tendance à négliger le sort des petits territoires ruraux », dit-il.

La bataille des Frontières, l’un des premiers affrontements d’ampleur de la Grande Guerre qui a eu lieu en août 1914 principalement sur le territoire belge, a profondément marqué les lieux et les hommes de l’époque. La violence et le nombre de morts sont considérables. Sur la seule journée du 22 août, durant laquelle a entre autres lieu la bataille de Rossignol, c’est 27 000 Français qui perdent la vie, ce qui en fait le jour le plus meurtrier de toute l’histoire de l’armée française. Un déchaînement qui a fortement marqué les esprits. Dans son livre, Paul-Henry Gendebien choisit de donner la parole à deux personnalités extraordinaires et rend hommage aux « engagements de ceux qu’on appelle à tort les « petites gens », qui font aussi partie de l’histoire ». Il ajoute : « Ils sont certes moins spectaculaires, mais néanmoins tout aussi signifiants. »

Récits haletants d’une réalité traumatique

Les récits sont haletants. Celui de Paul Pirson (Maissin) a été écrit a posteriori. C’est en 1989 qu’il se livre pour la première fois de manière complète à propos des événements survenus dans son enfance. À la demande de Paul-Henry Gendebien, qui était présent ce jour-là, Paul Pirson rédige un manuscrit qui figure aujourd’hui dans ce livre. « C’est le récit d’un simple témoin de première ligne confronté dans son enfance à des scènes terriblement éprouvantes », affirme Paul-Henry Gendebien, ajoutant que ce document évoque « outre la bataille, la vie plus ou moins paisible d’un petit village ardennais pendant les quatre longues années du conflit », contrairement au témoignage qui suit, celui de sœur Anne-Marie, qui ne concerne que les premiers mois de la guerre. Ce récit de sœur Anne-Marie (Marbaix-la-Tour), écrit à vif, nous fait plonger directement dans le quotidien de l’époque. C’est celui d’une personne engagée, actrice et témoin. Elle nous informe des dramatiques souffrances des blessés, des relations entre soldatesque prussienne et victimes françaises, des problèmes quotidiens d’intendance…

Ces deux témoignages complémentaires apparaissent comme les fragments d’une réalité traumatique impossible à rendre compte dans sa totalité. Partiellement intelligible via le témoignage, elle se révèle dans toute sa violence et dans ses répercussions sur les existences collectives mais surtout, ici, individuelles. Un livre passionnant à découvrir au plus vite !

Louis Mores

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