Ceux que nous sommes : photos d’enfances

«  Est-ce que j’ai trahi ou abandonné l’enfant que j’étais ? »

Article signé Michel Torrekens pour Le Carnet et les Instants.

Nous aurions pu intituler cet article « Histoires de retombances », en nous inspirant du néologisme que Christine Van Acker a créé pour qualifier la démarche de son nouveau livre, Ceux que nous sommes, publié aux éditions Weyrich.

À travers de très courts récits qui sont comme autant d’instantanés, Christine Van Acker nous propose de feuilleter une sorte d’albums de famille et nous invite à « tomber en enfance », à retrouver des évocations de cet âge d’or qui toujours nous suit et nous poursuit, même quand on le fuit. En filigrane, elle reprend la question de Raymond Carver : « À un certain âge ou dans les moments importants de sa vie, la question, quand on se regarde dans la glace, c’est : est-ce que j’ai trahi ou abandonné l’enfant que j’étais ? ».

On notera que le titre du livre est Ceux que nous sommes et pas Ceux que nous étions, une manière de rappeler que toujours sommeille en nous l’enfant que nous fûmes. Comme l’un des personnages s’y adonne par le dessin, l’auteure nous propose donc « une machine à remonter le temps ». Nous découvrons Lucie face à l’orage, Antoine, arsouille parmi les arsouilles, qui s’initie à l’écriture, Ariane face aux araignées, Gabrielle l’inachevée, Laura et son prénom pluriel, le rituel des relevailles avec la naissance de Marcel, les poux de Marie sans époux, les « apparaissances » de Jimini Cricket, Madeleine, la grand-mère, face à Madeleine, la petite-fille, car ce livre qui croise les époques est aussi intergénérationnel. Si Christine Van Acker met en avant les questionnements de l’enfance, par exemple lorsque Louisa se demande si son petit frère Simon a été acheté en grande surface, elle n’en oublie pas pour autant les adultes : Gilbert, l’enfant solitaire, l’homme célibataire pour qui les mômes sont un vrai casse-tête, Dominique, « l’homme à femmes qui est aussi un homme à enfants », Papydou et son clown ou encore le moine qui a emporté un reste d’enfance dans sa vie monastique.

Ceux que nous sommes - Christine Van AckerTout cela est raconté avec simplicité, tant dans les images, les évocations que dans les raisonnements, avec au passage des formules qui font mouche comme « L’enfant est satisfaite de se voir réussie en une si belle grand-mère », « L’avantage, avec les enfants des autres, c’est que tu peux les rendre », « elle passe d’un sujet décousu à un autre, sans fil apparent, dans une sorte de haute couture du sens », « là où les mots qui sortent de nos bouches ont encore l’air de vouloir dire quelque chose », « la vie est bien autre chose que la quête de l’emploi, cet imposteur travesti en valeur absolue » et, puis, cette dernière qui pourrait être la morale de ce livre : « À quoi servent les parents, si ce n’est à aider leurs enfants à ouvrir les portes de l’invisible ? ». Formule qui, soit dit au passage, pourrait s’appliquer à la littérature.

« Ceux que nous sommes » de Christine Van Acker est disponible en librairies et sur notre e-shop.

Michel Torrekens
Source : Le Carnet et les Instants – www.le-carnet-et-les-instants.net

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