À l’ombre de Tchernobyl – Le Carnet et les Instants

Article signé Thierry Detienne pour Le Carnet et les Instants.

Courant sur vingt-cinq années, le roman de Jean-Sébastien Poncelet ne laisse pas d’étonner par la déroulé de sa narration. Procédant par touches d’informations successives, il assemble les pièces d’une intrigue mouvementée sur la ligne du temps en nous livrant dans le désordre des épisodes datés. Tout démarre à Tchernobyl, donc en 1986, alors que la centrale nucléaire vient d’exploser et que les premiers secours s’affairent dans une improvisation évidente. Un homme employé à la centrale part appelé par le devoir. Au terme d’une journée qui le fait vieillir d’un seul coup et dont il ne se remettra pas, il revient dans l’appartement familial pour dire aux siens de fuir. Sa femme et sa fille Alina quittent les lieux sans attendre. Des années plus tard, nous retrouvons Alina et ses deux enfants, une fille et un fils jumeaux, dans une cavale digne d’un scénario de film d’action, hélicoptère en perdition compris.

Entretemps, depuis son départ d’Ukraine, Alina a été une femme d’affaires, puis elle a connu la faillite. Restent bien des questions sur la succession et, surtout, l’origine des faits qui ont généré le fiasco. Au centre de la dynamique, le personnage sulfureux d’un magnat des finances autour de qui tous les indices semblent converger. Sa richesse et la protection dont il s’entoure attisent la méfiance et la convoitise. Il aurait eu une relation passionnelle torride avec Alina, ce qu’atteste une cassette vidéo que les jumeaux sont décidés à rendre publique, pensant mettre l’homme en difficulté. Mais la réalité des faits est plus subtile qui bouleverse les apparences et maintient le lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages.

De la catastrophe de Tchernobyl à la violence du monde financier actuel, ce sont les engrenages secrets de la cupidité et des machinations infernales qui défilent, eux qui broient les êtres et laissent des blessures avec lesquelles ceux qui restent doivent vivre désormais. Chez ceux qu’ils ont touchés, ils génèrent une terrible soif de savoir et de comprendre, le désir fort de rentrer dans une vie nouvelle libérée des griffes du passé. Est-ce cela qui justifie l’incroyable scénario qu’Alina a élaboré ?

De par son organisation temporelle et sa distillation progressive des informations, L’envol de l’amazone entraîne le lecteur dans les méandres d’une enquête aux rebondissements inattendus, l’invitant à dépasser les évidences, à prendre en considération les forces contradictoires qui guident les êtres par-delà ce qu’ils en donnent à voir à leurs proches les plus intimes. Le personnage d’Alina, qui est présent tout au long de la narration, s’affirme à la fois par sa résilience et en tant que figure maternelle. Elle compose aussi avec sa part d’ombre et ses paradoxes.

Bien charpenté, rédigé dans une écriture fluide, le récit joue avec notre adrénaline et titille notre curiosité tout en respectant la complexité de notre monde haletant, prouvant, si besoin en était, que les meilleures fables nous sont souvent un miroir tendu sans complaisance.

Thierry Detienne

 Source : Le Carnet et les Instants – Article disponible ici

« L’Envol de l’amazone » de Jean-Sébastien Poncelet est disponible en librairie et sur notre e-shop au prix de 18€.

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